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3e Conférence : Transformation digitale des métiers et développement des compétences : enjeux et perspectives

Conférences

Par Pascal Balancier, Expert edTech à l’Agence du Numérique

Pascal Balancier est chargé de coordonner les mesures talents (compétences, éducation et formation) du Plan numérique wallon Digital Wallonia. Il contribue activement au développement de l’apprentissage numérique en Belgique francophone, au bénéfice des citoyens, des entreprises, des écoles, des administrations, etc.

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Pourquoi s’intéresser aux compétences numériques ?

C’est la question que nous pose Pascal Balancier. En 2018, l’Europe publiait une statistique montrant que 44,5 % des européens ont des lacunes en compétences numériques et 42 % d’entre eux sont sans emploi. L’étude Be the Change d’Agoria, Fédération belge du secteur technologique, concluait qu’avec une politique inchangée, il y aurait une pénurie de 584 000 postes en Belgique à l’horizon de 2030. Elle ajoutait qu’en 2018, 16 000 postes dans le secteur IT (Technologies de l’information) ne trouvaient pas d’acquéreur. Le rapport précisait que ces 16 000 postes se transformeront en pénurie de 30 000 postes d’ici 10 ans. D’autres études internationales ont des statistiques plus ou moins similaires.

Cette étude se veut toutefois rassurante. Là où certains métiers disparaîtront, d’autres apparaîtront ou se transformeront fortement pour qu’il y ait, au final, création d’emplois. Elle avance que pour un emploi disparu, 3,7 emplois seront créés. Bien que ces perspectives se voient quelque peu inquiétantes, parfois optimistes, parfois pessimistes, Pascal Balancier ajoute qu’en réalité nous n’en savons encore rien. Des phénomènes conjoncturels ont beaucoup plus de poids et la situation actuelle de la crise sanitaire, qui a plus d’impact que la percée du numérique, pourrait assombrir la vision actuelle.

En 2018, Pascal Balancier a réalisé une étude sur la transformation digitale des métiers et des compétences. Il a résumé le parcours du développement de compétences tout au long de la vie en Wallonie en 7 enjeux : (1) culture numérique, (2) enseigner avec le numérique, (3) logique algorithmique, (4) soft skills, (5) NEET, (6) inclusion et (7) DigComp.

  1. Enjeu sociétal : Faire entrer tous les citoyens dans la culture numérique

Pascal Balancier parle d’un enjeu sociétal qui implique tous les citoyens pour qu’ils puissent bénéficier des apports du numérique. Le monde se digitalisant de plus en plus à tous les niveaux, il est important de comprendre le numérique pour être en mesure de participer à la vie citoyenne. C’est la condition sine qua non pour mieux appréhender, bénéficier et être davantage pertinent dans les avis que nous pouvons avoir et que nous pourrions porter au niveau citoyen.

Internet n’est pas neutre, internet est un pharmakon

Bernard Striegler emprunte le concept de « pharmakon » à Jacques Derrida. C’est un concept qui vient de l’antiquité et à Platon. le pharmakon nous invite à comprendre que les technologies ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles sont à la fois bonnes et mauvaises . Elles sont le remède et le poison. La clé de voute, c’est ce que les utilisateurs pharmacologiques, c’est-à-dire, nous, allons faire des technologies. C’est cet usage qui détermine si cela est positif et négatif. Même si l’objet n’est pas neutre, le constat, c’est l’usage qui est à pointer du doigt.

Au niveau des compétences pour tous, il existe un référentiel européen : DigComp (digital competences). Il quadrille les compétences des utilisateurs du numérique et se résume en 3 grands groupes.

(1) La maîtrise des logiciels courants : Elle concerne les savoir-faire techniques comme la bureautique, le Self Banking, etc.

(2) L’éducation aux médias : elle consiste à développer un usage raisonné et mûr des outils numériques. C’est un processus de maturité qui concerne toutes les couches générationnelles à mesure que les citoyens commencent à coloniser les outils numériques. Cet usage ne peut que se construire et se coconstruire. Il nécessite du temps et passe par des situations et des apprentissages.

(3) La logique algorithmique : Elle permet d’appréhender la logique qui est derrière les objets numériques qui nous entourent. Il s’agit du langage du numérique. C’est un enjeu d’ordre culturel qui nous concerne tous et qui peut être appliqué à beaucoup de domaines disciplinaires.

  1. Enjeu de l’éducation : Enseigner AU et PAR le numérique

Cet enjeu concerne la formation initiale : maternelle, primaire, secondaire et supérieur. Enseigner AU numérique, c’est de manière transversale avoir des éléments de cours reliés à l’éducation aux médias en incluant dans les contenus d’apprentissage des ponts et des liens avec le monde numérique qui nous entoure.

Enseigner PAR le numérique, c’est mobiliser les ressources et les outils numériques dans les processus d’apprentissages. Dans une classe, nous parlons de TICE (Technologies Informations Communication pour l’Education). Il s’agit de saisir comment, par exemple, utiliser une tablette ou un tableau numérique interactif mais aussi comment nous pouvons transformer notre pédagogie et la rendre plus active. Si nous reprenons le pharmakon, le tableau interactif permet de soutenir une pédagogie active et participative mais il peut aussi faire basculer l’enseignant d’une pédagogie transmissive à une pédagogie hyper transmissive. Pour Pascal Balancier, cela peut faire pire que bien avec les multitudes de fonctionnalités en saturant les cerveaux des apprenants.

Des initiatives se mettent également en place au niveau de l’enseignement à distance. Nous trouvons beaucoup d’acteurs de terrain avec une expertise et une offre utile. Au niveau du Pacte d’Excellence, ces enjeux sont bien appréhendés. Une série d’actions sont prises mais sont relativement lentes. Actuellement, la Fédération Wallonie-Bruxelles propose la plateforme Happi pour la formation à distance et la plateforme e-classe pour les ressources pédagogiques. Un travail de fond est en place sur les référentiels dans le cadre de la réforme du tronc commun avec une logique par module et des éléments de compétences numériques issues de Digcomp. Pour Pascal Balancier, lorsqu’ils seront communiqués, ils impacteront de manière mécanique les futurs programmes de cours et les programmes de formation initiales et continues.

Selon notre expert, la volonté de la Fédération est limitée en raison de la grande autonomie des pouvoirs organisateurs. La FWB met un cadre mais c’est l’initiative et la responsabilité des pouvoirs organisateurs de traduire cela sur le terrain. Un plan de pilotage invite les écoles à se projeter dans un plan structuré et à organiser les aspects budgétaires en fonction. De plus, l’équipement reste un problème récurrent d’autant que les budgets sont limités. Le matériel seul n’est pas suffisant pour transformer l’enseignement. Il faut former les enseignants en mettant à disposition les ressources, en partageant les bonnes pratiques, etc.

Au niveau wallon, la région a un programme d’équipement numérique des écoles qui s’intitule l’école numérique doté d’une enveloppe de 8 à 10 millions d’euros par an. C’est largement insuffisant, selon Pascal Balancier, pour équiper suffisamment l’ensemble des 3 300 établissements. Cette enveloppe permet de financer environ 500 projets par an sur la base d’un appel à projet et à hauteur de 15 à 20 000 d’euros. Il estime qu’il faudrait un budget de 30 millions par an pour atteindre la masse critique nécessaire à un vrai déploiement de la pédagogie numérique dans l’enseignement. La centrale de marché de l’école numérique reste toutefois ouverte à tous. Les organismes non lauréats peuvent acheter sur leurs deniers propres du matériel tout en étant en règle quant au marché public.

  1. Enjeu de l’orientation vers les filières informatiques

De moins en moins d’étudiants se destinent aux filières informatiques alors qu’en parallèle la pénurie de profils IT ne cesse de croitre. Les sections informatiques en universités et en hautes écoles rencontrent des problèmes de vocations. Selon Pascal Balancier, cette perte d’engouement pour l’informatique date de l’arrivée du PC dans les années 80. De plus, il y avait beaucoup plus de filles dans ces filières qu’actuellement. Pour les universités et les hautes écoles, cela est dû à l’absence de formations informatiques en secondaire. Si des options informatiques se donnent dans les écoles, les cours proposent de la bureautique plutôt que de l’informatique. De plus, ces cours sont donnés par des professeurs de mathématiques ou en sciences économiques qui complètent leurs heures.

L’Agence du Numérique a ainsi interpellé la Fédération Wallonie-Bruxelles pour que les sciences informatiques fassent partie intégrante de la culture scientifique générale que tous les jeunes doivent recevoir. Cet enjeu est clairement dans la feuille de route du Pacte d’excellence. En attendant l’implémentation de celui-ci, l’initiative régionale #wallcode subsidie des acteurs de terrain pour initier les jeunes dès le plus jeune âge aux sciences informatiques au sens large et plus particulièrement à la logique algorithmique et au langage de programmation.

Parmi les acteurs de terrain missionnés, nous retrouvons Kodo Wallonie et Interface3 Namur qui se rendent dans le primaire et le secondaire pour  faire des initiations à la logique algorithmique. Ensuite, le Pass, qui a introduit dans ses activités permanentes des activités numériques, organise régulièrement une semaine « ROBOT & Co » dédié aux compétences numériques. Depuis un an, il développe une offre intitulée « Hors les murs » et se rend également dans les écoles. D’autres acteurs sont également missionnés : Kaleidi et le réseau Coder Dojo. Pour ce dernier, il s’agit de plaines de jeu ou de petits clubs informatiques. Ce sont des activités parascolaires avec des animateurs bénévoles qui sont généralement des parents travaillant dans l’informatique. Ces projets permettent de toucher environ 16 000 jeunes par an. Pour Pascal Balancier, ces jeunes qui auront, à un moment,  accès à cet univers s’orienteront peut-être vers ces filières-là. Il ajoute que des activités parascolaires telles qu’organisées par Coder Dojo, rassemblent déjà des élèves ou des parents convaincus. Par contre, les activités de Kodo Wallonie, d’Interface3 ou du Pass touchent toute la classe et donc des enfants qui ne se seraient pas inscrits à ces types d’activités. Selon les témoignages de ces animateurs, ces jeunes participants découvrent des choses qui sont très éloignées de leur perceptions et des stéréotypes liés aux métiers de l’informatique.

  1. Enjeu de l’adéquation des formations professionnelles aux besoins

L’étude, que Pascal Balancier a réalisé, a permis d’aller à la rencontre d’entreprises évoluant vers le modèle de l’industrie 4.0, un modèle de transformation numérique qui implique de repenser tant les produits et services que l’entreprise développe que la manière dont elle les développe. C’est une transformation organisée en profondeur qui introduit le design de services ou de produits le plus tôt possible en amont du process afin d’avoir un maximum de personnalisation et d’agilité.

Ces entreprises en évolution ont présenté un besoin de montée en compétences numériques de leur personnel. Les travailleurs restent sur leurs compétences métiers d’origine auxquelles nous ajoutons une nouvelle couche de soft skills. Pour Pascal Balancier, ce sont les compétences transversales qui vont aider les individus à monter en compétences numériques, à maintenir leur employabilité, à développer leur polyvalence et à conserver leur emploi. Ces compétences sont des compétences de collaboration en ligne entre collègues ou avec un robot par exemple. Pour lui, cela n’implique pas d’aller en formation d’informatique ou de programmation mais plutôt de participer à des formations d’ordre transversal.

Comment des acteurs de la formation peuvent traduire ces compétences dans leurs offres de formations ? Lorsqu’elles ont lieu et que de nouveaux outils arrivent, proposer une prise en main sous la forme d’une formation est une base. Toutefois, faire un inventaire des nouvelles fonctionnalités ne changera pas fondamentalement la mise. Il faut l’emballer avec une introduction générale de type culture numérique et une initiation à la logique algorithmique. Pascal Balancier ajoute qu’il faut la compléter avec le développement de soft skills. L’inventaire de toutes les formations pour être à jour dans l’usage des outils numériques est très long et finalement redondant car les interfaces ont des fonctionnements similaires. De plus, ces outils évoluent extrêmement vite. Il faut, selon lui, intégrer cette dimension d’incertitude et d’évolution constante à laquelle il faut s’adapter. Il faut développer la capacité des individus à retomber sur leurs pattes quand ils sont confrontés à une situation nouvelle pour qu’ils aient en eux les réflexes, l’attitude, la confiance en soi et la capacité de s’en sortir.

Les compétences transversales c’est communiquer et collaborer dans un monde digital. Cela implique des petites séances de prises en main des outils en entreprise mais cela nécessite surtout de vivre le numérique, de l’expérimenter et de se l’approprier. C’est dans l’expérimentation et l’appropriation que nous pouvons procéder aux réglages collectifs. Les compétences, c’est également apprendre à apprendre. Pour Pascal Balancier, il est fondamental de jouer sur ces petits détails dans la construction d’un dispositif de formation. Nous pouvons jouer sur des paramètres pour favoriser l’attitude d’auto-apprentissage.

Deux exemples nous sont proposés :

À l’issue d’une formation de 6 mois, Technobel propose à ses stagiaires de participer pendant 1 mois et demi à ce qu’il appelle la Play-zone. Cette invitation est étendue aux autres stagiaires des autres centres de compétences TIC (Technocité, Technofutur TIC et Technifutur). Le processus de Play-zone est une mise en situation proche de ce que nous retrouvons dans les hackatons. Les stagiaires travaillent ensemble sur un projet. Pascal Balancier a pu constater que ces derniers parlaient très peu de compétences métiers mais surtout des difficultés rencontrées (quiproquos, communication, collaboration, gestion du leadership, etc. ). C’était après la résolution de tous ces problèmes qu’ils ont pu mettre en œuvre efficacement leur compétences métiers apprises lors du stage. Pour Pascal Balancier, c’est une manière de former qui colle avec tous ces enjeux (évolutions des besoins, importance des compétences transversales, etc. ).

BeCode propose des formations courtes, de 6 à 7 mois, aux compétences web. Sa création est en  légère concurrence avec les centres de compétences TIC à la différence qu’il vise le public le plus éloigné de l’emploi et plus particulièrement les NEET. Les formations courtes ne permettent pas d’aller en profondeur. C’est pourquoi, les organisateurs font en sorte que leurs stagiaires puissent continuer à s’intéresser et à développer leurs compétences au-delà des 6-7 mois. Ils visent beaucoup l’autonomie et recrutent les stagiaires non pas sur la base de leur background mais sur leur capacité d’autonomie. Becode exploite cet élément tout au long de leur formation en faisant travailler leurs  stagiaires sur des projets pour de réels clients. Ils sont confrontés à des exigences et à des difficultés de communication. L’autonomie y est travaillée en incluant un maximum de diversité dans la formation (travail seul ou en groupe, stages en entreprises, conférenciers extérieurs, témoignages d’entrepreneurs, etc. ). Les stagiaires sont également invités à jouer le rôle d’animateur bénévole au sein du réseau Coder Dojo. L’ambition est de leur donner suffisamment de leviers pour pouvoir continuer le chemin seul.

Au même titre que la pédagogie active ou de l’andragogie (pédagogie des adultes), les soft skills permettent d’huiler les rouages de l’apprentissage mais il est souvent difficile de les traduire concrètement dans un dispositif d’apprentissage. Toutefois, ces compétences ne s’apprennent pas dans une formation traditionnelle ou un module en ligne. C’est pourquoi il faut mettre les apprenants dans des conditions et des situations où ils vont expérimenter par eux-mêmes et procéder à toute une série de réglages impliquant des outils numériques. Selon Pascal Balancier, Pour répondre à la pénurie d’IT sur le marché de l’emploi, il faut des formations informatiques mais pour aider de manière transversale les travailleurs et futurs travailleurs il faut faire vivre des expériences qui stimulent la collaboration en groupe.

L’enjeu est de pouvoir traduire cela dans sa réalité. La mise en situation, pour Pascal Balancier, est la meilleure modalité. Tout cela doit se définir en fonction des contraintes du public et du type de formation (initiale ou continu). Pour lui, il faut d’abord décrire les besoins aujourd’hui. Il faut clairement identifier les usages numériques (consignes sur une plateforme, report de travail dans celle-ci, etc. ). Ensuite, il faut l’ancrer dans la pratique en le faisant passer, par exemple, par une petite mise en situation comme des petites activités de drill pour maintenir l’attention par exemple. Nous sommes dans le déploiement concret et spécifique. Selon Pascal Balancier, il serait plus intéressant d’étudier plus finement ce qui pourrait être mis en place et comment y répondre.

  1. Enjeu de l’insertion et de la réinsertion professionnelle

C’est une déclinaison de l’enjeu précédent et qui est notamment dicté par un statisticien de l’IWEPS qui signale, qu’en mai 2018, 16% des jeunes wallons qui ont entre 16 et 24 ans sont considérés comme NEET. Notons que l’IWEPS comptabilise quand même les jeunes inscrits au Forem. Ce chiffre ne signifie pas qu’ils sont totalement hors du radar. Enfin, une part non négligeable de ces jeunes ont un bac+3. Cela signifie qu’ils sont diplômés et qu’ils ne sont pas dénués de capacités mais rentrent toutefois pas dans la catégorie des NEET.

Pascal Balancier note que c’est par rapport à ce public-là que nous trouvons les innovations pédagogiques les plus riches, notamment la Play-zone ou Becode. Nous trouvons également à Uccle, l’Ecole 19, qui est une déclinaison de l’Ecole 42 de Xavier Niel en France. C’est une école sans diplôme et de la seconde chance orienté vers les métiers de l’informatique. Selon Pascal Balancier, l’absence de diplôme est une chose intéressante à prendre en compte car celle-ci est compensée par un processus de mentorat. Les nouveaux arrivés sont coachés par des coachs mais aussi par d’autres apprenants plus anciens. L’école propose également un processus d’auto-évaluation entre pairs où il est possible de fournir un feedback et de noter son évaluateur. Selon Pascal Balancier, il y a des choses qui bousculent les lignes habituelles, qui sont intéressantes et pourraient inspirer pas mal de développement.

La position de l’Ecole 19 est que la valeur de la formation est reconnue par l’employeur. Ce dernier engage une personne car il sort de cette école. Dans une série d’organisation de travail, c’est généralement le diplôme qui est la clé de voute et qui conditionne le niveau de salaire. Mais il y a aussi de plus en plus d’univers professionnels où l’engagement se fait moins suivant le diplôme que sur les compétences réelles. Les entreprises demandent lors des entretiens d’embauche de démontrer les capacités. Cela fait partie des ingrédients de l’Ecole 19 mis en avant dans leur dispositif pédagogique.

  1. Enjeu global de la lutte contre la fracture numérique

Aujourd’hui la fracture numérique n’est plus une fracture de type 1, en termes d’accès, mais de type 2, en termes d’usage. Pascal Balancier constate que ce sont les personnes ayant l’éducation, le background et le niveau socio-culturel le plus élevé qui développent les usages les plus raisonnables et raisonnés des objets numériques. Il en va de même pour les jeunes. Ce sont les enfants les mieux entourés qui atteignent une maturité d’usage numérique plus rapidement que d’autres.

Selon Pascal Balancier, nous sommes de plus en plus confrontés à l’inefficacité des actions qui sont mises en place pour lutter contre la fracture numérique. Le vrai problème n’est pas de sensibiliser à la fracture numérique et à certains usages du numérique. De plus en plus d’études scientifiques pointent le fait que derrière cette fracture, se trouve d’abord une fracture socio-culturelle. En effet, nous pourrions penser que les individus sont en fragilité par rapport à un formulaire intelligent en ligne alors que le problème se situe dans le fait que cela se passe exclusivement par l’écrit. Il y a surtout la maîtrise de la langue maternelle ou du français ou simplement de la modalité écrite.

Les Espaces Publics Numériques sont des initiatives financièrement portés au niveau local. C’est en général un CPAS ou une commune qui prend l’initiative d’ouvrir quelques heures par semaine et de financer un mi-temps pour cela. Le problème c’est qu’ils dépendent de la conjoncture. De plus ce n’est pas là où il y a un besoin que nous trouvons le plus d’EPN. Pour Pascal Balancier, cela mériterait une vraie prise en charge de la Région wallonne pour couvrir le territoire dans les zones où les besoins sont les plus importants. Comme alternative, nous trouvons Mobi’TIC, un projet porté en province de Liège. C’est un bus mobile qui est, en réalité, un EPN mobile pouvant aller dans les zones les plus mal desservies. Il faudrait 2 ou 3 bus pour couvrir tout le territoire wallon.

Molengeek est une initiative similaire à BeCode avec toutefois des contraintes supplémentaires. Ce projet prend en charge un public victime de discriminations et dont la montée en compétences ne permettrait pas forcément l’accès à l’emploi. L’initiative propose comme solution d’être, à la fois, un incubateur de startup et un opérateur de formation. Molengeek  forme et accompagne les stagiaires avec la finalité non pas de trouver un emploi mais plutôt de créer un emploi. Il s’agit d’une réponse concrète et pragmatique à une réalité.

  1. Le Référentiel européen DigComp

Pour parler le même langage, l’Europe a pris l’initiative de créer un référentiel européen. Le Forem, les Centres de compétences et la Fédération Wallonie-Bruxelles se sont arrimés à cet étendard. Ils commencent à structurer leurs programmes de formation en fonction des 21 compétences clés. Celles-ci sont décrites en 5 volets :(1) le traitement de l’information, (2) la communication et la collaboration, (3) la production de contenu, (4) la cybersécurité et (5) le problem solving. Le volet 3 regroupe ce que nous retrouvons dans la bureautique et représente un petit élément au sens de DigComp. Le dernier volet est une compétence transversale qui est au cœur des compétences numériques de DigComp mais également de Be The Change.

La clé de l’évolution se situe au niveau du changement de mentalité. Celui-ci tourne autour de la capacité de s’adapter et de collaborer dans un monde digital, d’être créatif et se réapproprier de nouveaux outils mais aussi d’apprendre à apprendre. Il s’agit de favoriser des conditions où les individus sont invités à se débrouiller. Pascal Balancier parle d’une « forme de débrouillardise ». Il ajoute qu’il faut aussi avoir des réponses en termes de dispositifs RH. En cultivant la notion d’erreur et en dédramatisant celle-ci, nous pourront libérer la chappe qui fait que des personnes aient peur de prendre des initiatives ou de faire des erreurs. C’est amener une attitude de responsabilités et de prises d’initiatives.

Conclusion

L’étude que Pascal Balancier a menée en 2018 a présidé, quelque part, à différentes dynamiques. Agoria a créé avec le Forem un outil diagnostic des compétences numériques de base appelé Digital Skills Scan. C’est un outil qui sert non pas à évaluer pour certifier mais plutôt pour orienter. Le but de cet outil est de favoriser l’orientation des gens vers des parcours de formations. C’est un instrument d’évaluation par le faire qui permet d’évaluer les compétences DigComp. Nous y retrouvons 15 activités à faire comme envoyer un mail, faire une rechercher par internet, etc.

Un autre projet en cours est la mise en œuvre de l’UpSkills Wallonia. Il s’agit d’un projet qui vise à aider les entreprises en processus de transformation digitale à travers un volet de développement de compétence. La méthodologie d’upskilling est de favoriser la mobilité interne. C’est une alternative au licenciement des individus considérés comme inutiles à l’entreprise. Cette modalité vise à identifier les profils qui apparaîtront, disparaîtront ou seront fortement transformés. Elle détermine les profils internes qui, potentiellement, pourraient se réorienter professionnellement pour prendre en charge les nouveaux postes créés. Le premier message de l’upskilling, c’est que le facteur humain est la clé de voûte de la transformation numérique des entreprises. Pour développer ces compétences, il faut accompagner l’entreprise dans l’élaboration de son plan de formation. Jusqu’à présent, celle-ci est à charge des entreprises. Selon Pascal Balancier, nous gagnerions en efficacité en massifiant cette offre de service. L’autre message, c’est qu’il faudrait ajouter du coaching en proposant un équivalent de 2 jours de coaching pour une formation de 6 mois. Le coaching est de nature à améliorer la montée en compétences.

Agoria développe enfin un troisième projet multi-partenarial (Forem, IFAPME, Intermire, etc.) appelé Start digital. Il vise à mettre en place des réponses pour évaluer les compétences numériques des publics mais surtout de développer les compétences numériques attendues.

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Nous remercions Monsieur Pascal Balancier ainsi que les participants qui ont été nombreux et nombreuses.

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Pour aller plus loin :

Livre :

Projets à découvrir :

  • Techtruck (Fablab mobile)
  • MolenGeek (Espace de coworking où les jeunes entrepreneurs viennent travailler sur leur projet, networker et partager leurs expériences)

Documents de l’Instance Bassin EFE du Brabant wallon

Documents de l’Agence du numérique

Autres documents :

À revoir en replay la conférence

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