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4e Conférence : Le numérique à l’école, état des lieux et perspectives

Conférences

Par Mikael Degeer, Expert en compétences numériques (FWB) et Technopédagogue (HELMO)

Mikael Degeer a participé à la rédaction des aspects numériques du Pacte pour un Enseignement d'excellence et de la réforme de la formation initiale des enseignants. Sa mission principale est le développement des compétences numériques des étudiants, des enseignants et des directions.

 

« Si on écrit tout, on va perdre notre mémoire, on ne doit pas donner trop vite des livres aux hommes »

- Socrate -

 

Cette crainte que  pensait les philosophes de l’époque fait écho à la problématique du numérique. Si on numérise tout, il n’y aura plus besoin d’avoir accès à notre mémoire. L’ère du numérique nous fait changer et l’école doit s’adapter à ces changements.

Selon Andreas Schleicher, Directeur de la Direction de l’éducation et des compétences au sein de l’OCDE, l’école doit s’adapter et former des étudiants pour des emplois qui n’ont pas encore été créés, avec des technologies qui n’ont pas encore été inventées et des problèmes encore inconnus. Le futur est imprévisible. Il faut les aider à apprendre à apprendre, les équiper de compétences mais également de savoirs en lien avec le numérique. Dès lors, le numérique n’est pas une solution aux difficultés d’apprentissage. C’est un outil qui va apporter de l’aide et qui est au service de l’enseignement.

Le numérique apporte-t-il une plus-value ?

Toutefois, l’apprentissage se déroule mieux quand un scenario pédagogique est efficace. Le numérique ne se fait pas pour que l’enseignement se passe mieux mais pour améliorer certains scenarios compliqués, faciliter le transfert de savoirs mais surtout pour s’adapter à l’ère d’aujourd’hui afin d’acquérir des compétences pour demain.

Pour Mikael Degeer, l’école a manqué plusieurs mutations. Elle a raté le « coche » du cinéma. Média de divertissement, il pourrait servir à des élèves qui ne savent ni lire ni écrire. La vidéo a été très peu exploitée par les écoles. De même, l’usage de l’internet n’a pas été saisi pour y mettre de l’apprentissage ou du contenu. Cela a toutefois commencé avec la crise sanitaire. Chaque enseignant s’est adapté et poste régulièrement des vidéos pour ses élèves mais cela n’est pas encore ouvert à tous.

Il existe plusieurs manières de travailler. Le constat est que les paradigmes ont changé suffisamment fort pour aller plus loin que la seule transposition en classe. Mikael Degeer nous présente 3 transitions du numérique (travailler avec, enseigner avec, enseigner le) analysées en fonction de 3 perspectives :

  • Les enseignants – comment voient-ils le numérique et comment l’utilisent-ils ?
  • Les directions – quelle relation avec les pouvoirs organisateurs et le politique ?
  • Les élèves – quelle plus-value ? Apprennent-ils mieux ?

 

  1. Travailler avec le numérique pour les enseignants quand ils ne sont pas avec les élèves

Globalement, les enseignants sont bien équipés et ont accès à l’internet à haut débit qu’ils utilisent quotidiennement chez eux. Ils s’en servent pour

  • travailler. La plus grande action actuellement pour eux, ce sont les productions (syllabus, activités) qui seront réutilisées dans un usage hors numérique finalement et qui peuvent parfois s’avérer très utile.
  • administrer des bulletins, des suivis, des préparations, le journal de classe, etc.
  • collaborer entre enseignants. C’est une nouvelle action qui n’existait pas auparavant et qui est en pleine évolution. Il y a de nombreux groupes de discussion entre professeurs, des échanges de productions via les réseaux sociaux.
  • la veille. C’est un effet collatéral de l’internet. Il permet de rester à jour par le fait des réseaux sociaux.

Travailler avec le numérique est efficace car les enseignants le font déjà. La transposition en classe relève d’un autre problème. Il faut cependant fournir le matériel aux enseignants qui travaillent essentiellement avec leur matériel privé.

  1. Travailler avec le numérique pour les directions

Le rôle des directions est d’administrer une école et, malheureusement, ils consacrent peu de temps à la pédagogie malgré le fait que la formation des directions soit toujours axée sur la gestion pédagogique. Les compétences numériques des directeurs ne sont pas développées et ils perdent beaucoup de temps dans ce domaine (méconnaissance des mails, sous-exploitation des tableurs Excel, etc. ). Même si, dans le cas contraire, ils ont les connaissances, ils doivent s’adapter aux outils et aux logiciels du pouvoir organisateur. Au final, il n’y a pas de formation aux compétences numériques mais plutôt une initiation à l’utilisation du logiciel numérique. Beaucoup de choses sont à faire à ce niveau.

Parallèlement à cela, il est également demandé aux directions de faire une auto-évaluation de leur école et de leur adaptation prochaine afin de se projeter sur une orientation numérique. Chaque école a le choix de son champ d’action (écologie, citoyenneté, maîtrise de la langue, etc. ) mais dans tous les cas l’autoréflexion doit s’orienter vers un enseignement et un apprentissage à l’ère du numérique plutôt que vers des technologies. Pour cela, des outils ont été développés pour accompagner les équipes. Selfie, notamment, est un outil européen qui permet de se positionner sur 74 critères (évaluation numérique, développer les compétences via le numériques, collaboration entre enseignants, etc.). En remplissant ces 74 critères, cela permet de voir si une école a un équilibre global ou si elle a des champs déséquilibrés (manque de matériel par exemple). Vouloir développer les compétences numériques, c’est aussi équiper les établissements et garantir la maintenance de ces équipements tout en assurant la formation technique et pédagogique des enseignants.

  1. Travailler avec le numérique pour les élèves : « digital native » ou « digital naive »

Une question qui se pose est pourquoi leur apprendre alors qu’ils sont « digital native ». La réalité c’est qu’on constate que les élèves sont plutôt des « digital naive ». Ceux-ci n’ont jamais appris à rédiger un rapport, collaborer ou remplir des données sur un support numérique alors que par la suite, dans leur vie professionnelle, il est attendu à ce qu’ils le fassent. Cela ne se trouve pas dans leur programme scolaire.

Les personnes, nées dans les années 80, sont « digital native ». Elles  ont évolué avec le numérique et ont compris son évolution. Aujourd’hui, lorsqu’un jeune prend une photo, il ne comprend pas ce qui se passe par la suite. Où est-elle enregistrée ? à qui appartient-elle ? Il ne sait même pas comment la partager via des plateformes sécurisées.

  1. Enseigner avec le numérique pour les enseignants

Que font les enseignants dans leur classe avec leurs apprenants et le numérique ?

Avant la classe, les enseignants utilisent le numérique pour la préparation des cours, la création de contenu ou la gestion de données. Par contre, dès qu’ils sont en classe, il y a des freins pour utiliser le numérique avec les élèves. Après la classe, on retrouve un peu plus l’usage du numérique, notamment pour communiquer avec les élèves ou les parents. On constate que lorsqu’on donne à l’enseignant des outils numériques, il ne se dit pas qu’il enseignera autrement. Il va plutôt utiliser ces outils pour accentuer ce qu’il doit enseigner.

Au niveau de la formation initiale des enseignants, le cours du numérique, en Hautes Ecoles, est mis en parallèle au cours d’Education aux médias. Cela entraine que le contenu est variable suivant le professeur. Par ailleurs, il n’y a pas de titres requis pour enseigner des matières comme les TIC. Dans les établissements, les directeurs placent des enseignants complétant leurs heures manquantes. Or, enseigner le numérique demande beaucoup de compétences et de temps de préparation.

La formation continuée va permettre aux enseignants de combler les manques de leur formation initiale. Toutefois, le catalogue propose plutôt des formations aux outils (Teams, plateformes, etc.). Or il existe des formations aux usages (classes inversées, e-learning, rédaction collaborative, twictées, etc.) où il s’agit de s’adapter pour pouvoir enseigner avec le numérique. Ces formations ont des répercussions concrètes sur le terrain, beaucoup plus que des formations aux outils.

Trois outils intéressants permettant aux enseignants d’évoluer grâce au numérique

TPAC

Chaque enseignant a son propre environnement de travail et un contexte qui lui est propre (outils, méthodes, élèves, etc.). Par contre, tous les enseignant partagent le même objectif : transmettre un savoir. Dans son travail, l’enseignant doit choisir la meilleure pédagogie par rapport à son public et la compétence qu’il veut voir se développer.

Avec l’utilisation du numérique, la pédagogie sera-t-elle la même ? Typiquement, beaucoup de pédagogies peuvent se faire en virtuel. Par contre, comment s’en servir ? Le choix des outils (tableau interactif, tablette, etc. ) influencent la pédagogie. L’enseignant devra penser à la pertinence de ce choix. Certains enseignants ont des difficultés à s’approprier les outils numériques Par exemple, certains enseignants utilisant le tableau interactif pour faire un exercice se retrouvent plus souvent dos à leurs élèves, ce qui engendre une barrière sociale et cognitive importante. L’usage d’une tablette aurait été plus approprié tant pour l’enseignant que pour ses élèves.

SAMR

Le modèle SAMR explique comment évoluer en passant par des étapes successives.

La première étape consiste en une substitution. Les enseignants n’ont pas le choix et se mettent au numérique. C’est souvent un échec car ils continuent à faire la même chose qu’avant le numérique.

À l’étape 2, on passe à l’augmentation des interactions avec les apprenants.

Dans l’étape 3, on modifie les interactions avec les élèves en utilisant des outils. Certaines écoles ont fait le pas et utilisent Wooclap.

La dernière étape est une redéfinition et permet de revoir l’entièreté de la pédagogie. Mais pour pouvoir le faire, il faut passer par les étapes préalables.

Notons que les apprenants doivent également passer par ces différentes étapes.

ASPID

Le troisième modèle est assez similaire. Une colonne a été rajoutée dans le cas où cela se passe mal : la détérioration. Celle-ci peut mener à l’abandon dans certains cas. C’est, par ailleurs, une grosse crainte, après le crise sanitaire, que les enseignants abandonnent le numérique.

Des outils prolifiques par les enseignants

Un enseignant anglais a mis à disposition une roue qui reprend toutes les applications permettant de naviguer entre les différentes étapes du modèle SAMR pour les apprenants.

Du côté belge, certains enseignants sont prolifiques quant à leurs productions. Ils deviennent ensuite des conseilleurs pédagogiques, des accompagnateurs ou des conseilleurs pour le pacte. Toutefois, il n’y a plus de nouveaux exemples concrets à partager avec des apprenants.

A propos de l’appel à projet

Chaque année, il y a un appel à projets pour une école numérique en Région wallonne. Auparavant, les enseignants pouvaient introduire des projets. S’ils étaient retenus, ils pouvaient recevoir des équipements. 400 projets retenus la première année.  A présent, le système va changer. Ce ne sera plus l’enseignant qui introduira un projet mais une école dans son ensemble.  On en revient à la question de la direction et enseigner avec le numérique.

Le modèle européen DigCompEdu

À côté de cela, l’Europe propose le modèle DigCompEdu (Digital Competence Educative) qui regroupe les 6 domaines de compétences que devraient avoir les enseignants.

Aujourd’hui, pour enseigner en classe, les compétences ne portent pas toutes sur le numérique. Cependant, il reste des compétences numériques importantes pour pouvoir enseigner le numérique en classe : développer le travail avec, enseigner avec le numérique et enseigner le numérique.

Il s’agit d’un modèle permettant d’enseigner 21 compétences dans 6 domaines afin que les enseignants deviennent performants à l’aide du numérique dans leur usage, l’apprentissage et l’accompagnement de leurs élèves.

L’Europe définit 6 grand champs :

Digital Competence Framework for Educators – Lernen neu denken

Le premier concerne l’engagement professionnel. Il s’intéresse à la communication entre enseignants, directions et PO. Il s’agit également pour les professionnels (enseignants et directeurs) de savoir comment devenir plus compétent et performant grâce au numérique, comment analyser les pratiques, etc. Enfin, la formation continuée dans le numérique fait autant partie de ce champ.

Le second champ concerne la gestion des ressources : création, modification et sélection pour les élèves. Il s’agit aussi de la gestion et de la mise à disposition de celles-ci via des plateformes pédagogiques par exemple.

Le troisième champ, enseigner et apprendre, cherche à définir comment faire évoluer l’enseignement via différents modèles proposés. On cherche à améliorer la guidance et à faire évoluer les apprenants.

Le quatrième champ s’intéresse à la collaboration entre enseignants via une série d’outils tels que les cartes mentales, Wikipédia, etc.

Le cinquième champ décrit l’apprentissage autorégulé. Il pointe que les apprenants puissent, par eux-mêmes, savoir où ils en sont dans leur apprentissage. À ce niveau, le débat de l’évaluation par le numérique s’ajoute alors. Quid des corrections de copie ? Quid des rendez-vous pour voir ses erreurs ? Actuellement, il est possible d’intégrer la correction au moment de l’évaluation. Cela permet, par exemple, à des élèves de ne pas reproduire une erreur car elle est intégrée directement par un feedback très rapide. Autre exemple, le numérique permet à l’enseignant d’arrêter son évaluation en cours pour réexpliquer une matière, donner les outils et les sources à ces élèves. Enfin, les traces ou les données laissées permettent à l’enseignant de revoir ce qui a été acquis ou voire se remettre en question. Il peut proposer un feedback en temps réel et un planning pour développer les apprentissages suivants.

Un autre élément est le pouvoir d’agir des apprenants. On y travaille l’accessibilité, notamment l’inclusion pour des enfants en difficulté à travers des outils communs (vidéos, sous-titrages, etc.). L’enseignant peut également différencier ces élèves en ne proposant pas les mêmes devoirs et en s’adaptant aux attentes de chaque élève. En matière d’engagement actif des enseignants, cela les aide à s’engager davantage grâce au numérique. Si on les amène à une pédagogie avec une manipulation d’outils, cela ouvre à un champ des possibles, d’actions importantes.

Le dernier champ sera vu ensuite. Il permet notamment d’avoir une réflexion sur les compétences à enseigner pour les élèves.

  1. Enseigner avec le numérique pour les directions

Les directions disposent du plan de pilotage qui constitue une feuille de route et qui va leur permettre d’avoir une réflexion parallèle de celle des enseignants. Concrètement, le plan décrit les actions à mettre en place pour tendre vers des objectifs généraux d’amélioration du système scolaire.

Une étude a été réalisée pour connaitre les défis du développement du numérique éducatif.

Pour les enseignants, il y a un besoin d’équipement en suffisance alors que pour les directions, c’est plutôt un besoin de formation pour ces derniers. On voit qu’il y a un accord à trouver entre les attentes des uns et des autres.

  1. Enseigner avec le numérique pour les étudiants

Le constat c’est que les élèves ne sont pas demandeurs du numérique à l’école. Il s’agit, pour eux, d’un outil de distraction. Ils ne trouvent pas d’intérêt à l’utiliser en classe. Par contre, on peut changer l’usage de la tablette à la maison si elle est utilisée dans des situations favorables.

Pour des jeunes plus âgés, ils comprennent l’utilité d’internet à l’école car ils s’en servent déjà à la maison (YouTube, tutorial, etc.). Les jeunes ne font plus leurs devoirs seuls. Ils se connectent sur les réseaux sociaux pour échanger. En classe, ils ne sont pas demandeurs d’un enseignement totalement numérique. Ils préfèreraient avoir des changements réguliers. Certains cours se prêtent mieux au numérique que d’autres. Un cours de musique doit continuer à se faire sur un instrument mais, par contre, il peut y inclure de la musique numérique (transformation du son, mixage, etc. ). Une classe mieux organisée (livres, tablettes, tableau vert ou interactif, etc.) permet de varier et compléter l’apprentissage.

  1. Enseigner le numérique côté enseignant

Pour enseigner le numérique en classe, il faut développer les compétences numériques des enseignants pour qu’ils puissent l’enseigner de manière transversale. Pour ça, il n’est pas nécessaire que ce soit un professeur spécialisé dans la matière. Idéalement, il devrait avoir un cours dédié au numérique à côté d’autres cours où son usage serait fait.

Un état des lieux des compétences numériques enseignées a été réalisé en 2019.

Si moins d’un élève sur deux pourra utiliser des outils bureautiques et si plus de 50 % ont appris à comprendre et explorer internet, très peu d’entre eux ont produit du contenu numérique et encore moins d’apprenants ont touché à la programmation. Ce qui fausse les chiffres, ce sont les écoles professionnalisantes qui forment à l’informatique et à la programmation.

Avec le Pacte pour un Enseignement d’excellence, le numérique sera une discipline qui sera enseignée. Des compétences vont être enseignées aux élèves à partir de la 3e primaire. En préscolaire ou en maternelle, on pourra l’utiliser mais il n’y aura pas d’obligation de l’enseigner. Par ailleurs, les compétences de bases, comme le français et les mathématiques, soutiendront l’usage du numérique.

Le pacte propose un référentiel Applications technologiques, manuelles et le numérique. Il se réfère principalement à DigComp 2.1. Cet outil possède une approche systémique. Il cherche à développer parallèlement les compétences des organisations (Selfie), celles des enseignants (DigCompEdu) et celles des apprenants (DigComp). L’ensemble assure une évolution complète des compétences numériques, des usages et des développements citoyens des apprenants. A présent, lorsqu’on remplit un CV européen, il est demandé le niveau DigComp. La personne passe un test puis est classée en fonction de ces compétences numériques.

DigComp 2.1 comprend 21 compétences à développer qui se répartissent dans 5 domaines.

  • Information et données : qu’estce qu’une donnée, gérer l’information, la trouver, la stocker, la vérifier...
  • La communication et la collaboration : comment communiquet-on par internet aujourd’hui ? Il est important de produire des communications de qualité, non seulement écrites mais également lors des visioconférences par exemple.  C’est la même chose pour les collaborations avec divers outils. La coécriture en ligne reste difficile.
  • La création de contenu bureautique : savoir rédiger des textes, utiliser un tableur, compréhension du code, comprendre et décoder le monde, comprendre ce que l’ordinateur est capable de faire.
  • La sécurité de son matériel physique et interne technique (antivirus). Mais aussi la sécurité de la personne et des collègues, la sécurité du cyberharcèlement et également la capacité à se déconnecter.
  • La résolution de problème : plus difficile à mettre en œuvre en Belgique, il s’agit d’aider les élèves à avoir une réflexion quotidienne sur les résolutions de problèmes à l’aide du numérique. En effet, les ordinateurs peuvent aider à faire des calculs qui aideront à la résolution de problèmes.

Ces 21 compétences peuvent être acquises par les élèves. Un accord doit s’opérer au niveau politique sur les compétences à acquérir, l’âge d’acquisition de celles-ci, le niveau et l’évolution jusqu’au tronc commun.

Par ailleurs, on remarque que la tranche d’âge des enseignants utilisant le moins le numérique est celle des jeunes enseignants qui viennent de terminer leurs études. Ceux-ci n’ont pas toujours le matériel adapté. Ils passent d’un emploi à l’autre, d’une école à l’autre. À l’inverse, les plus âgés osent car ils ont la maîtrise de leur discipline, un environnement qu’ils connaissent et une direction en projet.

  1. Enseigner le numérique côté direction

Si les compétences numériques arrivent en 1ère primaire en 2021, on devra compter 12 à 15 ans avant d’avoir des élèves compétents au numérique. Un débat à traiter est le fait que les directions puissent mettre sur le marché de l’emploi ou de l’enseignement supérieur des élèves n’ayant pas acquis les compétences numériques. Les communes, les provinces et d’autres développent des activités et des formations extrascolaires pour compléter l’offre insatisfaisante.

Beaucoup d’organismes viennent dans des écoles pour apprendre à programmer (exemple : CodeNPlay). Child Focus sensibilise sur la sécurité en ligne. On retrouve également beaucoup d’informations sur Enseignons.be ou e-classe. Les directions doivent mettre le cadre mais doivent aussi innover pour que tous les élèves puissent avoir accès au numérique.

  1. Enseigner le numérique côté étudiant

Le numérique n’est pas encore enseigné en Fédération Wallonie-Bruxelles alors qu’il l’est déjà en Communauté flamande depuis 3 ans, de même que pour l’Europe.

Dans le livre « Moi j’enseigne, mais eux apprennent-ils ? », l’auteur pose la question de l’efficacité et de l’apprentissage et de son utilité. On pense que c’est utile d’enseigner le numérique mais on ne se pose pas la question de la didactique, c’est-à-dire la manière d’enseigner le numérique. Une recherche se fait actuellement à l’UMons. La FWB ne possède pas de données, les chercheurs vont alors les chercher dans d’autres pays. Au Canada, le codage est enseigné dès la maternelle. En France, dès 12 ans, il y a de grandes disparités entres les élèves. En Belgique, les compétences numériques sont enseignés dès la 3e primaire.

Bilan et conclusion

L’usage du numérique dans le Pacte d’Excellence tel qu’il est mentionné pose question. Il y est dit qu’il est accepté mais non conseillé. Il sera enseigné mais il y aurait un risque de perte de développement social et culturel. Heureusement, les enseignants sont plus forts que les référentiels dans le sens qu’il existe des possibilités de transformations locales des compétences. Le référentiel, lorsqu’il sera reçu en FWB, sera transformé en programme. Et c’est ce programme qui sera enseigné et que les PO pourront modifier, adapter. Pour Mikael Degeer, il faudrait qu’ils ne fassent pas marche arrière concernant les grands concepts et aillent plutôt dans des précisions et des particularités propres à leur environnement.

Il ne faut laisser personne sur le côté. L’Agence du Numérique publie tous les ans des baromètres. Celui de l’enseignement date de deux ans. Dans ce baromètre, une donnée intéressante porte sur la tranche d’âge des enseignants utilisant le numérique. Ceux qui l’utilisent le moins sont les jeunes enseignants car ils sont souvent en intérim et leur matériel ne suit pas. Ils ne connaissent pas leur avenir et la préparation des cours classiques est plus rassurante. Le problème, c’est que cela peut durer plusieurs années et ils prennent le risque de perdre leur apprentissage du numérique alors que les enseignants plus expérimentés osent là où ils ont une stabilité dans l’école.

En Europe, l’approche est systémique. En Belgique la séparation des pouvoirs pose problème. Le Pacte d’Excellence va se mettre en place et le numérique est au programme. Il sera enseigné en primaire et en secondaire, également en partie dans le préscolaire. À côté de cela, il y a un autre Ministre pour le supérieur qui n’a pas encore envisagé l’apprentissage du numérique. De plus les ministres changent régulièrement, ce qui demande de reprendre les choses en début. Cela prend donc du temps. Il faudrait avoir un modèle plus systémique où des collaborations sont indispensables entre les différents ministères qui doivent rester sur la durée.

Enfin, on parle d’équité mais il n’y en a pas, notamment sur la manière de donner cours à distance. Actuellement, les bourgmestres ont le pouvoir alors qu’ils ne sont pas compétents sur la manière d’enseigner dans leur commune. De plus, on retrouve plusieurs PO également. Il serait dès lors intéressant de travailler localement sans obligation mais pour avancer sur l’esprit critique. Le changement systémique viendra du terrain finalement. Ceci est important en Brabant wallon où il y a la plus grande richesse dans les écoles. Il y a moyen de faire des choses sans attendre qu’on y soit obligé. C’est parfois compliqué pour les équipes et les directions mais cela vaut la peine de s’y investir.

L’étape suivante, c’est l’après-covid. Il ne faut pas oublier tout ce qui a été mis en œuvre. Il faut aussi revenir en partie en présentiel et saisir l’opportunité du numérique, de récolter les impressions et d’organiser des discussions autour du numérique avec les professeurs, directions et les élèves.  Quel est l’impact ? Quels sont les ressentis ? Pourquoi y a-t-il des décrochages ? Certains apprennent mieux avec le  numérique, il faut en tenir compte. Il faut également se saisir de la question des enfants « dys- ».

***

Nous remercions Monsieur Mikael Degeer ainsi que les participants qui ont été nombreux.

Cliquez ici pour consulter la présentation PowerPoint.

Pour aller plus loin :

Livre :

  • Saint-Onge Michel, Moi j’enseigne, mais eux apprennent-ils ?, 1993, Beauchemin.

Projets à découvrir :

Les outils et plateformes pour les enseignants

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À revoir en replay la conférence

 

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